Comment juger l’art ?

img_1061Aujourd’hui j’ai écouté un podcast avec une de mes artistes peintres préférées, Lisa Congdon, et elle disait que, quand elle a débuté, ses œuvres étaient terribles pendant un long moment. Terribles dans le sens pas bonnes du tout. Comme je débute et que mes œuvres sont assez terribles aussi, ça m’a rassurée. Mais ensuite je me suis demandé : comment reconnaître une « bonne » œuvre si un jour j’arrive à en produire une ?

Cette question m’a pas mal turlupinée pendant que je regardais l’émission « À vos pinceaux ». Sur quels critères les œuvres d’art sont-elles jugées? Faut-il être un prof de dessin ou un critique d’art pour pouvoir juger si une œuvre est réussie ? Est-ce qu’il y a des critères objectifs ou est-ce juste une question de goût?

Après réflexion (et quelques recherches), je constate qu’il existe bien des critères objectifs pour juger une œuvre mais le degré d’importance de ces critères varie en fonction de goût. On peut toujours dire « j’aime » ou « je n’aime pas cette œuvre » mais si on nous demande des explications, il faut bien trouver des arguments.

En fonction de la personnalité, les arguments ne seront pas les mêmes.

Quelqu’un pourrait dire : « j’aime cette œuvre parce qu’elle est belle, j’ai envie de m’accrocher dans mon salon ». Une œuvre d’art doit-elle forcément être belle? Je ne crois pas mais je pense qu’elle doit posséder un certain esthétisme. Cela dit, d’après moi, avec un encadrement approprié, beaucoup d’œuvres passeraient le test.

Le sens du beau est différent pour tout le monde. Ce n’est pas parce que le choix du sujet est délibérément la soi-disante laideur que l’œuvre n’est pas belle, comme les tableaux de Lucian Freud par exemple.

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Si l’on juge la beauté d’après son envie ou non d’accrocher l’œuvre dans son salon,  ce n’est pas vraiment de la beauté mais de l’aspect décoratif qu’il s’agit. Et la aussi, les goûts et les couleurs… Disons que, une œuvre peut-être agréable à regarder ou non, cela n’enlève rien à son statut d’œuvre d’art si on est prêts à lui reconnaître une qualité esthétique.

Une personne sensible et émotive dirait quelque chose comme « cette œuvre me touche » ou au contraire « ça n’évoque rien pour moi ». Faut-il à tout prix qu’une œuvre comporte une charge émotionnelle ? Je pense que la plupart des œuvres traduisent une émotion car l’artiste n’a pas choisi son sujet par hasard. Il a été lui-même touché et a eu envie de transmettre cette émotion du moment dans son œuvre. Cette émotion, en revanche, peut ne pas être ressentie par le spectateur, soit parce qu’il ne possède pas la même sensibilité soit parce que la façon de la transmettre ne lui a pas convenu.

En ce qui me concerne, j’ai du mal à être touchée par une œuvre juste « jolie ». C’est une question de sensibilité sûrement. Je cherche toujours plus loin que l’apparence, il me faut quelque chose de pas évident au premier abord. Je suis très peu émue par les œuvres purement représentatives, même si je me rends compte que l’artiste a sans doute été touché par la lumière ou les couleurs de son sujet au point de vouloir les retranscrire sur une toile.

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Et il se trouve dans notre société cartésienne pas mal de personnes cérébrales (moi y compris) qui vont dire : « cette œuvre, je ne la comprends pas ». Faut-il absolument comprendre pour apprécier une œuvre? Chacun décide pour lui je pense. Un ami peintre me disait qu’il n’avait rien à comprendre, tu aimes ou tu n’aimes pas. C’est un point de vue. Pour lui, j’imagine, l’émotion et l’esthétique étaient les plus importantes.

J’aime bien comprendre car je suis toujours en quête de sens. Pourquoi l’artiste a fait ces choix, a choisis ce sujet, ce médium. Ce n’est pas pour rien qu’en général les artistes rédigent leur « artist statement ». C’est pour des curieux de mon espèce. C’est toujours éclairant de savoir comment l’artiste lui-même interprète son oeuvre et comment il en parle. J’aime aussi connaître la genèse de l’artiste, son parcours et ses convictions qui ont influencé ses œuvres.

Quand j’ai vu les œuvres de Soulages pour la première fois, je n’avait pas idée pourquoi il peint uniquement avec du noir et de ce que « outrenoir » voulait dire. Il m’a fallu me renseigner pour comprendre que c’est le rapport entre le noir et la lumière qui le fascine et le touche au point de le pousser à l’explorer infiniment.

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Voilà les critères donc: l’esthétisme, l’émotion, le message.

Mais je pense que quand Lisa Congdon dit que ses premières œuvres étaient terribles, ce n’est pas sur ces critères là qu’elle se base (oui je sais lire dans les pensées, pas vous?) D’après moi, elle évoque la qualité de l’exécution. Car la technicité arrive avant l’esthétisme, l’émotion et le message. Si une œuvre est mal exécutée, elle ne sera jamais appréciée. (Enfin si, par vos parents ou votre conjoint qui sont super et vous encouragent sur la voie de la créativité).

Triste constat pour moi qui débute et qui a plein d’idées dans la tête sans pouvoir les réaliser correctement. Mais ce n’est pas une raison d’abandonner! Au contraire, il faut en faire encore plus. Tous les projets artistiques que j’entreprends, tout ce que je crée et qui finit à la poubelle sont des petits pas qui me rapprochent de ma prochaine « bonne » œuvre.

Le manque technique est sans doute ce qui sautait le plus aux yeux dans l’émission « À vos pinceaux ». C’est ce qui distingue un artiste amateur d’un artiste accompli. Cela dit, un excellent portraitiste n’est peut-être pas un aussi bon paysagiste car acquérir une technique demande du temps et de la pratique. On peut arriver à être bon partout mais ce n’est pas le cas de tout le monde. En général, il faut avoir pris le temps de maîtriser une technique par une pratique concentrée et régulière. C’est pour cette raison que la plupart des artistes se spécialisent.

Il y a bien un cinquième critère (le cinquième élément?) Et oui, la créativité. Dans le sens originalité. C’est pas évident quand tout à déjà été dit et redit de cent mille façons et pourtant. Il reste encore autant et un peu plus de façons de dire les choses. Une multitude d’artistes en ce moment créé des œuvres originales qui sortent droit de leur esprit. N’est-ce pas fascinant?

Elisabeth Gilbert dans son livre « Comme par magie » affirme que l’originalité est surestimée. Elle lui préfère l’authenticité. Je suis d’accord avec elle. L’originalité en tant que telle n’existe pas car toute œuvre s’appuie sur une tradition qui la précède. Une œuvre parfaitement originale serait sans doute aussi parfaitement incompréhensible. L’authenticité est dans l’intention de produire quelque chose de personnel et qui vient du cœur. Ce qui est forcément original puisque nous sommes tous différents.

Certains accordent beaucoup d’importance à l’originalité, d’autres pas. Il est souvent rassurant de retrouver quelque chose de connu et familier. Cependant, quand il s’agit de l’art, il est très facile de tomber dans l’imitation, d’utiliser les recettes qui marchent. Je pense qu’un artiste en quête d’authenticité évite ce genre de choses car il veut faire entendre sa propre voix et non pas être un autre Basquiat ou Bacon. Il est impossible de produire quelque chose de nouveau mais grâce à l’art on peut affirmer sa différence.

Source des images : Wikipedia 

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