Conseils de David Lloyd aux artistes (1ère partie) : faire ce qu’on aime et trouver quelqu’un qui croit en nous

david_lloydJe suis en train de lire le livre de Carol Lloyd Creating a life worth living. C’est un livre formidable pour les personnes créatives, dommage qu’il n’existe pas en français. Il est constitué de onze chapitres à faire sur onze semaines comme une sorte de programme de développement personnel.

Chaque chapitre est clos par un entretien avec un artiste. A la fin du premier chapitre, j’ai lu une interview avec un artiste-peintre David Lloyd. J’ai été tellement impressionnée et enthousiasmée par tout ce qu’il avait dit que j’ai décidé de reproduire l’intégralité de l’entretien en français sur ce blog (j’espère que je ne vais pas aller en prison pour ça).

« David Lloyd a grandi obsédé par les animaux, le surf et l’art. Avec son approche viscérale, kinetique et non-intellectuelle de la vie, Llyod est un exemple de créativité physique caractéristique d’un « faiseur ». A l’age de vingt-cinq ans, après une suite d’emplois mal payés et une dizaine d’années passées dans l’espoir idyllique et implacablement éphémère de mener une carrière de surfeur, Lloyd s’est consacré à la peinture. Après une année de fac et trois années à Cal Arts, il a signé un contrat avec la Galerie Margo Levin à Los Angeles, ainsi catapulté dans le monde grisant et séduisant de l’art des années 80.

Il mène une vie monacale dans sa maison et son studio à Los Angeles. Parfois, il donne des cours en licence d’art ou lors de programme intensif d’été, mais la plupart du temps son revenu dépend de la vente de ses tableaux et ses sculptures. Une innocente curiosité, le principe qu’il emploie tous les jours dans son studio, lui a permis de garder son travail créatif vivant malgré les humeurs et les mésaventures.

Q : A quoi ressemblent ta journée et ta semaine actuellement ?

R : Je n’ai pas d’heures précises où je travaille au studio, mais j’y vais tous les jours et travaille quatre heures minimum, parfois plus. Mais je ne suis pas du genre à travailler pendant une longue période à la fois. Je me fatigue et mon esprit s’engourdit, et je trouve que si je mange quelque chose ou fais un tour, quand je reviens, j’y vois plus clair. Ça ne veut pas dire que je ne deviens pas obsédé par le travail. Je travaille sur une œuvre à la fois jusqu’à ce qu’elle soit terminée. C’est différent de la plupart des artistes que je connais qui travaillent sur plusieurs projets en même temps parce que ça leur donne l’impression de ne pas trop s’investir dans une seule œuvre. Mais en ce qui me concerne, ça me donnerait l’impression d’ajourner l’inévitable parce que tôt ou tard il faudra bien la finir cette foutue œuvre alors autant s’y coller.

Q : A quoi ressemble ta semaine ? Est-ce que tu travailles tous les jours ? 

R : Probablement cinq jours par semaine en moyenne. Je fais de l’art quand j’ai envie de faire de l’art. Je ne dis pas : oh zut, on est dimanche, je ne dois pas aller au studio. C’est amusant. C’est super dur mais c’est toujours intéressant. Du coup, si tu es inspiré en plein dimanche après-midi quand tu es censé lire le journal à la plage, tu vas au studio.

Q : Comment as-tu développé ton processus créatif ?

R : Les adultes ont du mal à créer de l’art, alors que les enfants non. Donne à un enfant quelques livres de coloriage, du papier couleur, tous ces trucs que les enfants adorent jouer avec, et ils se mettent à fabriquer des choses. C’est une pure pulsion créative. Les adultes vont dans leur studio et ils ont la tête pleine de toutes ces idées merdiques sur le fait d’être un artiste, faut-il un studio chic avec un Velux ou vivre dans un placard à balai, a-t-on le droit de prendre un cappuccino dans la journée ou vaut-il mieux boire des bières et fumer des cigarettes, devraient-ils participer à cette expo ou pas… tout ça s’empile tellement que c’est pas étonnant que beaucoup se retrouvent bloqués.

Je cherche constamment à me débarrasser de tout ça et de me dire que je n’en ai rien à faire de ce qui se passera aujourd’hui, je peux aller au studio et faire des bêtises. Quand les enfants jouent, ils le font pour le plaisir de jouer. Et parfois c’est très créatif mais il n’y a pas de récompense à la fin. Tu le fais juste pour le faire. Et si tu arrives à te mettre dans un bon état d’esprit, tu peux avoir cette attitude envers ton art. Quand tu te débarrasses de tout ça,  l’étrange processus de création commence. Le secret est de se défaire de tout ce bagage – des choses extérieures.

Donc, dans mon processus créatif je commence par juste m’amuser. J’ai une idée à peu près de ce que je veux faire mais je ne m’y accroche pas trop, parce que je sais que ça pourrait tourner différemment. Ou alors je dessine et fais des petites choses – prends des bouts de papier et les colle ensemble. Je fais ce que j’ai envie de faire sur le moment pour tromper toutes les attentes. Parce que j’ai vu trop d’artiste chercher à intellectualiser leur façon de faire de l’art et pour moi ça ne fonctionne pas.

Je n’étais pas bon à l’école et pas bon dans les choses que les enfants font bien habituellement. J’avais un coté rebelle qu’il faut pour un artiste. Les artistes doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas d’abord faire plaisir aux autres et ensuite à eux-mêmes, ça ne marche pas. Il faut y aller en se disant : « ce qui m’intéresse c’est faire de l’art et je ne vais pas m’inquiéter pour tout le reste ».

Je pense que c’était plus facile pour moi par rapport à beaucoup d’autres car j’ai toujours eu envie de créer des objets visuels. Certains pensent : oh, j’aimerais bien devenir peintre, mais en réalité ils n’aiment rien dans le fait de peindre, c’est juste qu’ils ont décidé que c’est ce qu’ils devraient faire. Un des secrets pour être un bon artiste est de faire ce qui vient naturellement. Il faut suivre le chemin de moindre résistance.

Les gens pensent que si ça ne vient pas difficilement ce n’est pas important. J’ai connu beaucoup d’artistes qui se sentaient obligés et déterminés à faire un certain type d’art, alors qu’ils sont brillants dans un autre type d’art, – mais ils ne l’apprécient pas à sa juste valeur parce que c’est trop facile. Alors que cette facilité c’est là que réside leur talent. Trop souvent, les artistes oublient leur propre sensibilité au profit de ce qu’ils pensent être à la mode ou non, politique ou non.

Q : Est-ce que tu as des modèles ou des mentors en ce qui concerne le processus, le fait de voir quelqu’un travailler de façon saine et productive ?

R : Picasso. Une des premières choses que j’ai remarqué à son propos était qu’il ne faisait pas de distinction entre les formes d’art. Tout ce qu’il a fait était de l’art. Il peignait, dessinait, fabriquait des objets. Il passait d’un style à l’autre. Je me souviens quand j’étais petit j’ai regardé un livre sur ses masques en carton. Ou bien son œuvre célèbre qui combine un siège de vélo et le guidon pour faire un taureau. Il ne faisait que fabriquer des objets et je trouve ça enthousiasmant parce que ça enlève la pression.

L’institution de Cal Arts a eu aussi beaucoup d’influence. C’était un endroit étrange où tu entrais et toutes le règles de la société cessaient d’exister. Tu veux te promener nu ? Vas-y a fond. Tu veux vivre dans un frigo et parler aux gens à travers les tous d’aération ? Parfait. Tu veux peindre un tableau ? Très bien. Tout est très bien. Dans ce genre d’environnement, la créativité que la plupart avaient enterrée au fond d’eux-mêmes refait naturellement surface.

Q : Où as-tu appris l’autodiscipline ?

R : Je ne sais pas si je possède une autodiscipline dans le sens traditionnel : payer les factures, faire la vaisselle, aller au studio tous les jours et travailler un certain temps, faire tout ce que t es censé faire parce que tu es responsable. Je ne sais pas si je le suis. La plupart des artistes ne sont pas très disciplinés. C’est des foutaises.

Ce qui se passe c’est qu’un artiste s’intéresse à quelque chose et devient très égoïste par rapport à ça, et veut laisser tomber tout le reste pour pouvoir poursuivre ce qu’il trouve intéressant. C’est une sorte d’obsession où tu veux savoir ce qui arrivera. Tu continues à le faire et tout le monde dit « oh, dis donc, tu es si discipliné ». Oublie le fait que tu n’as pas d’argent ou que le proprio s’énerve. C’est juste une question de poursuivre ce qui t’intéresse.

Parce qu’il n’y a pas besoin d’autodiscipline si tu fais ce qui t’intéresse. C’est vraiment drôle. Il faut beaucoup d’autodiscipline pour faire ce que tu n’as pas envie de faire. Ça nous renvoie au fait de faire ce que tu aimes, ce que tu trouves amusant. C’est un des secrets de création artistique. C’est un drôle de paradoxe que les gens semblent penser que c’est censé être difficile et ennuyeux et ensuite ils ne le font pas et ils s’étonnent pourquoi.  Et bien, qui fait ce qu’il n’a pas envie de faire ? Seulement s’il est obligé.

Q : Quelles sont les personnes qui t’apportent leur soutien ?

R : Ma famille et quelques amis. Mes parents ont probablement été le meilleur soutien. Parce que je pense que dans les arts visuels les artistes sont comme n’importe qui dans les affaires. Ils ont l’esprit de compétition et ils vont t’orienter sur quelque chose seulement s’ils en ont déjà retiré tout ce qu’ils ont pu. Bien sûr, il y a des exceptions, mais comme le monde d’art est si concurrentiel, les artistes ne sont pas une tribu très altruiste. C’est ceux autour de toi, artistes ou pas, qui voudraient te voir réussir.

Si tu trouves quelqu’un qui pense que c’est super que tu sois un artiste et qui dit « Accroche-toi, continue à créer », même si cette personne ne connaît rien à l’art, elle est importante. Les artistes ont besoin de quelqu’un qui leur dise que c’est bien ce qu’ils font et qu’ils doivent continuer. « Pff, je pense pas que c’est bien » – essaie encore. « Je ne sais pas si quelqu’un va aimer ça » – quelle importance ? Continue. Fais ce que tu aimes. L’encouragement à l’état pur. Même si tu sais que la personne te ment, c’est important.

Tu n’as pas besoin de quelqu’un qui arrive et te critique tout le temps. Ça fait de bien à personne, à moins que ce soit quelqu’un en qui tu as confiance et qui est capable de critique constructive. C’est un truc si étrange d’être artiste déjà pour commencer, parce que tu te demandes tout le temps si ce que tu fais a une quelconque valeur. Ce n’est pas comme un médecin qui voit le résultat de ses efforts. On fait quelque chose de très subjectif.

Alors il suffit de deux trois personnes qui entrent dans ton studio et disent « Qu’est ce que c’est que tu fabriques bon sang ? » La plupart des artistes ne réagissent pas très bien à ça. Psychologiquement, on a besoin de gens qui nous tapoteront dans le dos et nous diront qu’on s’en sort très bien. C’est impressionnant ce que ça peut faire. Si un gros malin critique te dit quelque chose… tu penses que tu vas en retirer beaucoup mais non. Il te faut trouver ta propre route.

Ce n’est pas fini ! Pour savoir ce que David Lloyd pense de l’échec et du fait d’imiter d’autres artistes au début de sa carrière, ainsi que pour connaître son secret de longévité pour un artiste, lisez la suite de l’interview.

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