Conseils de David Lloyd aux artistes (2e partie) : accepter l’échec, prendre le temps de trouver sa voix et ne pas se limiter

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Voici la suite de l’interview de l’artiste-peintre David Lloyd issue du livre Creating a life worth living. L’interview était si longue que j’ai préféré la scinder en deux parties.

Dans la première partie, David Lloyd nous conseillait, entre autres, de faire ce qu’on aime et trouver des gens qui croient en nous et nous soutiennent coute que coute. Dans la suite de l’entretien, sans se départir de son style désinvolte et inimitable, il nous livre encore plus de conseils qui s’adressent particulièrement aux artistes débutants.

Q : Est-ce que tu as des techniques pour te mettre au travail quand tu n’as pas envie ?

R : Il y a plusieurs choses que je fais. D’abord, je regarde des livres d’art, et de l’art. Je me dis « aujourd’hui c’est ok si je ne fais rien. Je n’ai pas besoin de produire. Aujourd’hui je vais juste voir des trucs. » Je vais dans un magasin d’articles d’occasion, dans une librairie, peu importe. Et si tu fais ça, tu peux arriver à un point où tu as envie de retourner au studio, parce que tu as vu quelque chose qui t’a enthousiasmé, et que tu veux appliquer à ton art.

Si vraiment tu n’es pas d’humeur à faire de l’art sérieusement, pense à ce qui serait le plus amusant à faire. Par exemple, faire une aquarelle de derrière les fagots, jeter de la peinture partout ou faire un dessin au fusain de ton chien – aucune importance, tu y vas et tu fais des trucs. Parce que, c’est sûr, c’est l’action de produire quelque chose qui compte. Beaucoup de gens me disent « oh, tu es si productif. Comment est-ce que tu y arrives ? Mon dieu, tout le travail que tu as fait. » Je ne me mets pas la pression d’être un génie chaque fois que je vais au studio. Et chaque peinture ne sera pas extraordinaire. Parfois, tu peins un tableau et c’est pas génial et il faut juste se dire « Ok, la prochaine fois ce sera mieux. » C’est un processus, un long processus.

Q : Comment est-ce que tu gagnais ta vie avant de faire assez d’argent avec ton art?

R : Je travaillais dans des galléries d’art, à accrocher des tableaux, déplacer des tableaux.

Q : Pourquoi as-tu choisi ça?

R : Parce que c’était dans le monde de l’art, et permettait de rencontrer du monde.

Q : Et avant ça, avant d’aller à l’école d’art?

R : Je vivais à la maison, chez papa maman, à faire des peintures dans la chambre du fond. Un des secrets pour arriver à survivre en tant qu’artiste, que vous soyez jeune, vieux ou peu importe, est de ne pas trop s’investir dans son travail alimentaire. Il est rare de voir un artiste qui travaille 40 ou 50 heures par semaine dans un emploi exigeant et va faire de l’art après ça. La plupart des gens sont juste épuisés. Moi je dis, vivez aussi chichement que vous pouvez. Le temps est mieux que l’argent. Si vous pouvez vous en sortir, travaillez à temps partiel. La plupart des gens pensent que ce n’est pas possible. « Oh, il faut travailler 40 heures et avoir tous ces avantages et tout ça ». Peut-être, peut-être pas. Je connais beaucoup d’artistes qui s’en sont sortis.

Q : Parle des tes échecs et comment tu les as surmontés.

R : Je dirais qu’un quart de ce que je fais est un échec et un quart est un semi-échec, est juste ok. Et peut-être un quart est bon et un quart est vraiment bon. Il faut comprendre que l’échec fait partie de l’ensemble. C’est vrai pour tous les artistes, même les plus célèbres. Ce qui se passe est que la société pense que quelqu’un est un génie, et que tout ce qu’il fait est génial, mais il fait autant de trucs nuls que tous les autres. Il n’y a pas d’artiste sur terre qui produit tout parfaitement parce que ce n’est pas humain. Les humains ne fonctionnent pas comme des machines, ils ne pondent pas de la perfection tout le temps. Ils font des choses super, et après ils font des choses médiocres. Alors détendez-vous par rapport au fait de faire une peinture merdique ou autre. L’échec est ce qui fait un bon artiste. Il n’y a pas à tergiverser. Si vous ne faites jamais rien de mauvais, vous ne progressez pas, je vous le garantis.

Q : Est-ce que tu peux parler des fois où tu as été mis en échec publiquement ?

R : Ma toute première exposition a eu une critique horrible. En sortant de l’école d’art, première expo en solo, terrible critique dans Los Angeles Times. Ma façon de gérer ça était de décider que le critique était un idiot. Littéralement. Parce que si j’avais accepté son avis au sujet de mon travail, je serais devenu ce qu’il voulait que je sois. Ce que je voulais être et ce que lui voulait que je sois sont deux choses différentes. J’ai été blessé, j’ai eu peur, et après j’ai été en colère. Et j’ai juré que je n’allais pas accepter cette critique.

Q : Est-ce que ta vision du succès a changé depuis tes débuts ?

R : Oui. En tant que jeune artiste, je cherchais davantage la gloire; je voulais être accepté, reconnu publiquement, recevoir de bonnes critiques. On veut tout ça parce qu’on cherche une validation extérieure. En vieillissant, la validation externe apparaît de moins en moins importante. Je m’intéresse beaucoup plus au processus de création, et aux choses que je veux réaliser avant de mourir, plutôt qu’à obtenir toute cette adoration de la part des autres. C’est drôle comme le changement s’opère. On peut le voir avec les artistes qui quittent la ville parce qu’ils veulent partir loin de tout ça. Ils ne veulent pas avoir affaire aux vernissages et commissaires d’expositions et revendeurs et critiques et tout ça. Ce qu’ils veulent est d’avoir la tête claire pour aller à l’essentiel de ce qu’ils cherchaient à faire dès le début. Et ce n’est pas faire plaisir à tout le monde et avoir son nom dans une revue.

Q : Quelle a été la période la plus frustrante dans ton développement en tant qu’artiste ?

R : C’était quand je sentais, pendant une longue période, que j’imitais les autres artistes. J’étais très facilement influencé. C’était frustrant parce que je faisais une peinture ou une autre œuvre d’art et je me disais, oh non, ça ressemble comme deux goutes d’eau à un tel. Maintenant, rétrospectivement, je me rends compte que c »était indispensable à mon développement. J’exorcisais toutes ces choses, les sortais de moi, pour trouver ma propre voix.

Je pense que ça fait partie du développement d’un artiste débutant, d’imiter les choses qu’ils voient, et en le faisant, s’ils ne s’inquiètent pas trop à ce sujet et continuent d’avancer, ils se réveillent un jour et réalisent que l’œuvre d’art qu’ils viennent de créer ne ressemble à aucune autre. Et ce n’est pas comme si on pouvait se forcer – « ok, ça ressemble à un tel et un tel, on oublie, je ne ferai plus ce genre d’art ». Ça prend beaucoup de temps.

C’est pourquoi ça me pose problème que le monde de l’art soit aussi orienté vers la jeunesse. Si tu as 25 ans, tu es bizarrement plus à la mode que quelqu’un de 35 ans, et si tu as 35 ans tu es un peu mieux que celui qui en a 45. Mais le problème c’est qu’on se retrouve avec tous ces artistes au début de leur développement. Ce qu’ils finissent par faire cinq ans plus tard est totalement différent, parce qu’ils testent les différents styles. Ils se développent. Généralement, on découvre que le meilleur travail est fait vingt années plus tard; le travail le plus authentique, le plus original. Parce que ça prend beaucoup de temps.

Q : Y a-t-il un conseil que tu peux donner aux débutants dans ton domaine au sujet du développement de leur processus artistique ?

R : Ne pas se limiter trop et trop vite. Les commissaires d’exposition, les critiques et les collectionneurs aiment des styles reconnaissables. Ils aiment voir quelque chose de familier, à quoi il peuvent s’en tenir et de quoi ils peuvent écrire. « Je suis minimaliste », « Je suis artiste conceptuel », « Je suis paysagiste ». Tout le monde est content et se sent en sécurité. Mais cela produit de mauvais artistes. Parce qu’il faut être prêt à suivre une inspiration. Si à un moment donné tu as une fascination pour quelque chose que tu as vu ou quelque chose que tu as toujours eu envie de faire, fais-le. Ça peut être quelque chose qui influencera positivement ton processus créatif et ta carrière. Suis ton inspiration et ne te limite pas.

Je vois beaucoup de jeunes artistes sortir d’une école d’art. Ils ont un élégant package fin prêt à être soumis aux galeries : vingt peintures toutes dans le même style pour que ce soit clair pour tout le monde. Mais ça ne va pas faciliter leur carrière en tant qu’artistes parce qu’ils vont s’ennuyer et tout le monde va s’ennuyer.

Un des secrets d’une longue carrière artistique est de rester intéressé. Et une des façons de rester intéressé est d’être prêt à suivre son inspiration, qu’elle soit à la mode ou pas.

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